I don’t understand what France is trying to do, but I’m sure the answer is somewhere out there, we should find it. And before copying and pasting the article about this subject published on today’s edition of Le Monde, I remind you this old rumor: Chirac is considering partnership with Microsoft to build the new European library (and, please, don’t forget that this is only a rumor).
Analyse
Le oui français à Microsoft
LE MONDE | 03.05.05 | 13h57 • Mis à jour le 03.05.05 | 13h57
Etrange mariage un mois avant le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Mardi 26 avril, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) a signé un protocole d’accord avec Microsoft pour la création d’un centre de recherche commun à Orsay devant employer 30 personnes début 2006. Pour la circonstance, Steve Ballmer, directeur général du numéro un mondial du logiciel, était présent à Paris. Les deux partenaires souhaitent développer une recherche en amont sur la sécurité des logiciels et l’application de l’outil informatique à différentes sciences.
Le lendemain, 27 avril, hasard du calendrier, le nouvel A380 d’Airbus réussissait son premier vol d’essai à Toulouse. Contraste saisissant. D’un côté, la guerre économique entre l’Europe et les Etats-Unis sur le marché de l’aviation civile, sur fond de critiques de Boeing concernant les aides reçues de Bruxelles par EADS. De l’autre, l’engagement d’un institut public de recherche français au côté de l’une des plus puissantes entreprises américaines, leader mondial en son domaine.
Faut-il y voir une contradiction ou, au contraire, considérer qu’il ne s’agit que d’une alliance ordinaire dans le cadre de la mondialisation de la recherche fondamentale ? Il y a pour cette hypothèse plusieurs arguments : l’Inria va bénéficier de la qualité de l’investissement financier et humain du géant américain, et cela ne pourra qu’être stimulant pour les informaticiens français.
Microsoft ne fait que poursuivre sa stratégie d’implantation planétaire de laboratoires, après en avoir créé un en Angleterre (Cambridge) en 1997, un en Chine (Pékin) en 1998 et un en Inde (Bangalore) en janvier 2005.
Justifier ainsi un tel accord ne relève-t-il pas d’une incroyable naïveté ? L’emploi du temps de Steve Ballmer soulève un coin du voile. Le jour de la signature de l’accord avec l’Inria, il s’est rendu à Bruxelles pour rencontrer la commissaire européenne à la concurrence, Neelie Kroes. Là, selon l’International Herald Tribune, l’entrevue s’est terminée abruptement.
Microsoft rechigne depuis un an à obtempérer aux injonctions européennes visant à le contraindre à proposer en Europe une version du système d’exploitation Windows n’incluant pas le lecteur de fichiers multimédia Windows Media afin de préserver la concurrence sur cette fonction. De même, le géant de Redmond doit livrer certains de ses codes sources afin de faciliter la communication entre les ordinateurs sous Windows et les logiciels de certains serveurs.
En 2004, la Commission avait infligé une amende de 497 millions d’euros à Microsoft. Aujourd’hui, elle menace l’entreprise américaine d’une amende de 5 millions de dollars par jour.
Sur le plan de la recherche, l’entreprise de Bill Gates reste mystérieuse. Elle a créé Microsoft Research, en 1991, seize ans après sa fondation en 1975. Cette entité emploie aujourd’hui 700 personnes dans six laboratoires. Le budget de la recherche et développement de Microsoft a doublé entre 1998 et 2003 pour atteindre alors la somme faramineuse de 6,8 milliards de dollars. A titre de comparaison, en 2005, le budget civil de la recherche française (BCRD) s’élève à 9,3 milliards d’euros.
DEUX PHILOSOPHIES
Microsoft et la France disposent donc de moyens de recherche du même ordre de grandeur. Le budget de l’Inria, lui, ne dépasse pas les 135 millions d’euros pour un effectif de 3 500 personnes, dont 2 700 scientifiques (l’institut ne rémunère directement que 1 800 personnes). A Orsay, Microsoft investirait environ 10 millions de dollars.
Que peut signifier un geste qui, à l’échelle de l’entreprise, ne dépasse guère le stade symbolique ? La réponse est peut-être, encore, à chercher du côté de Bruxelles. Microsoft y livre un combat sans merci, depuis plusieurs années, pour obtenir la légalisation du brevet logiciel. L’entreprise s’oppose frontalement aux tenants d’une informatique libre, symbolisée par le système d’exploitation concurrent direct de Windows, Linux. Ce dernier est distribué par Mandriva, société française créée en 1998 et qui connaît une forte croissance.
L’une des rares chances de rebond de l’industrie européenne du logiciel réside justement dans le développement de l’informatique”libre” . L’Etat lui-même, qui expérimente Linux en ce moment dans certains ministères, pourrait contribuer à son décollage en l’adoptant pour échapper au coût exorbitant des licences Microsoft. D’autres pays européens ont précédé la France.
Dans un tel contexte, le projet de l’Inria semble faire abstraction de l’affrontement des deux philosophies : celle de Microsoft et celle du logiciel”libre” qui mise sur l’élaboration collaborative de logiciels libres de droits. On peut craindre que Microsoft profite du prestige de sa puissance financière pour entraîner l’Inria dans une démarche essentiellement tournée vers la communication. Associée à un laboratoire public, la firme de Bill Gates se retrouve, en quelque sorte, dans la place. Il sera plus difficile à un ministère, une administration ou une entreprise publique d’opter pour le logiciel libre quand l’Inria, créé en 1967 à l’initiative du général de Gaulle pour garantir alors l’indépendance technologique nationale, se sera intimement associé à Microsoft. Idem vis-à-vis de l’Europe.
Le géant de Redmond peut espérer ouvrir de nouveaux canaux de lobbying via le gouvernement français grâce à son association officielle avec l’institut public de recherche en informatique dont l’intérêt dans cette alliance apparaît flou. Sauf si l’institut espère convertir Microsoft à la philanthropie.
Michel Alberganti
Article paru dans l’édition du 04.05.05